2026 (2015) - Le village d’Oradour-sur-Glane… Un jour…

Parcours :
Ce village m'a appelée.

Je suis allée à sa rencontre le 21 juillet 2015. Une journée pour découvrir, visiter, rencontrer ce lieu chargé d'histoire. Quelques heures d'un passage… pour raconter ces autres quelques heures, où la vie de ce village en France a basculé dans la mort et la tragédie.

Il m'a fallu onze années pour digérer cette visite, pouvoir regarder mes belles photos d'urbex sans aucune nausée… Onze ans pour mettre en mots, en dessin et en couleurs ce passage d'un jour.
Trois temps s’entrelacent, c’est pour cela que je l’ai nommé : « Oradour-sur-Glane - Un jour… » . Des jours différents : celui du drame, celui de ma visite et puis de la mise en création du carnet.

Deux narrations coexistent aussi. Celle écrite au posca noir, narre l'histoire sommaire de cette journée du 10 juin 1944. Celle en bleu narre ma visite. Je me replonge dans cette découverte au milieu de mes photos,  et réalise le carnet avec mes sensations et souvenirs toujours bien présents en ressentis, à la fois de cette personne un peu vierge des détails, de la gravité, des horreurs… de l’extermination d’un village entier, et puis de celle qui sait aujourd’hui. Je connaissais le drame, mais pas la totalité des événements. Alors ma traversée est d’une part dans une forme de naïveté, et d’autre part dans l’observation et le ressenti de ce qui est donné à explorer.
Le village est propre, pas de noir charbon, ni de cendre ou débris entassés ramenant au chaos. L'herbe a repoussé. Les objets, les véhicules de métal et de fonte laissés là sont magnifiquement rouillés. Les pans de murs sont encore bien droits, comme fiers, malgré l'absence de leur charpente et de leur toit.

Quelques panneaux indiquent une phrase ou une autre, comme « Souviens-toi »… mais pas d’explications détaillées. Au milieu de ce calme du jour, je n’arrive pourtant pas à me poser pour dessiner. Alors je photographie.

C'est à la sortie du village que j'entre alors dans le mémorial. La scénographie, comme spiralée, nous invite à découvrir heure par heure le vécu de ce régiment, la montée de la fatigue, de la violence, de la haine — et les dernières cartes à jouer d'un temps de fin de guerre.

Je découvre alors l'horreur. Les endroits du village où j'avais eu des frissons. Les marches de l'église que je n'avais pu monter entièrement…

Malgré les explications, une question demeure en moi : Comment est-ce possible ? Comment l'Homme peut-il aller volontairement aux massacres innommables d'autres êtres humains ?

À la sortie, tout s'entremêle. Et puis les images du jour reviennent, progressivement, fortes de cette Lumière et de cette Vie. Je garde cela. Pourtant, les semaines, mois, années qui suivent, je n’arrive pas à regarder mes photos sans mal de ventre. Je remets la digestion au temps. Cela m’a permis d’aller vers de la simplicité, clarté et concision.

Et puis, il arriva un jour, où je pus les regarder, les classer, revivre la visite, et initier la création de mon carnet.
La mise en couleurs, en dessins et textes, servent volontairement les capacités de résilience des hommes et des lieux. C’est cela le coeur du propos de cette création.

Ce carnet de voyage met en narration un jour et évoque l’histoire. C’est un carnet de témoignage singulier. Il raconte un moment, une exploration, un lieu, un événement… un ailleurs dans l’espace et le temps.
Il ne se veut pas passéiste, ni dramatique. Il vient nous rappeler, partager ce qui fut — et nous inviter à nous souvenir, pour honorer la paix. Et il nous interroge sur notre devoir de mémoire.


Techniques :
Ce carnet rend compte de ces heures passées dans le village.
Le choix du leporello : il participe à l’idée d’une traversée, d’une chronologie. Lorsqu’il est déplié entièrement, il vient comme définir le village, on peut s’immerger davantage que sur 2 pages ouvertes. Et le regard peut naviguer dans cette composition à son gré, au fil progressif de ce que le lecteur veut découvrir.
Le papier style kraft du leporello, un peu vieilli, marque l'idée du passé, il nous emmène tout de suite ailleurs, et comme dans des archives, un vieux carnet de bord.
L'acrylique, apposée à la carte de crédit, massive, marque la présence des deux couleurs fortes retenues par mes yeux. Au ciel, le bleu fort d’une magnifique journée d’été. Au sol, le vert flamboyant de l’herbe grasse et abondante — la force des couleurs du jour, pour servir cette lumière et cette vivante du jour bien présentes. Alors, les aplats sont denses, textures, en sur-épaisseur, comme pour faire venir la vie vers nous.
Les dessins à l'encre de chine, tracés avec un bout de bois de manière appuyée, aléatoire, épaisse, signifient à la fois, la force de ce qui reste présent ou érigé, de la vie qui coule en nous ; mais aussi la force du drame — ce dégoulinant et sombre. Un trait très graphique prononcé, comme une trace brute, qui signifie, rappelle, sans faire revivre cette totale absence d’humanité du 10 juin 1944.

Je joins à ce carnet, le bâton de bois avec lequel j'ai dessiné — pour sortir, moi aussi, un objet du passé, mon arme à moi : Celle des crayons comme outils de transfiguration, et démontrer des capacités de résilience des Hommes et des Lieux.

  • J’ai toujours eu un intérêt pour le journal de bord, le livre personnel griffonné qui raconte, et j’avais fait qqs ateliers avec des ados notamment pour initier aux arts et rendre compte d’un séjour itinérant, d’un thème. Ma rencontre coup de coeur, avec le carnet de voyage s'est faite au festival de Saint-Étienne-les-Orgues, Bleu en Lure — un week-end suspendu, de simplicité, de chaleur humaine, de partage. De l'accessible. Des dessins, des couleurs, des textes, une variété infinie — autant de narrations singulières de moments singuliers, de voyages, d'explorations, de rencontres d'Ailleurs…

    Je suis tombée en amour pour ce médium. Cette façon de mettre en existence les traces d'un passage quelque part. Tout y est autorisé. Je m'y suis retrouvée.

    J'ai commencé par des carnets de vacances, road-trips, week-ends… et je dévore depuis cet art. J'y trouve une possibilité de narration infinie : écrits, dessins, aquarelle, couleurs, cueillettes… laissant une trace.

    Je suis aussi passionnée aussi par les livres d'artistes, et j’anime des ateliers auprès de tous les publics.

  • Le carnet de voyage et moi ? : Le carnet de voyage est beau en ce qu’il nous met au ralenti, nous arrête dans la course d’une découverte.
    Le carnet déploie le vivant dans ce qu’il offre aussi des rencontres dans nos temps de dessins in situ. Le carnet ramène des bouts de…, en ce qu’il garde l’énergie de nos explorations.
    Le carnet nous sort de l’amnésie à-posteriori de nos voyages souvent bien remplis, car il permet de se souvenir et plus précisément (on garde même parfois le souvenir d’un voyage à travers la planche d’un carnet, j’adore !). Le carnet peut aussi se partager, et crée la rencontre à nouveau.

    Je suis aussi passionnée aussi par les livres d'artistes, et j’anime des ateliers auprès de tous les publics, et crée des contenus sur-mesure.

  • Mes sujets : Tout.. tout m’est sujet, dès lors que je me sens appelée, en connection ou interpellée.. tout me donner prétexte à dessiner ou écrire. J’aime raconter avec les images et les mots, j’aime garder trace et partager. J’aime la rencontre, qu’elle soit avec une personne, un groupe, un lieu, un objet. Je peux faire un carnet sur un voyage de plusieurs semaines, jours, ou d’une journée, d’un moment.. un carnet par procuration pour d’autres personnes en voyage… un carnet imaginaire.. sur un livre… un spectacle.. accompagner des personnes à réaliser le leur…

  • Mes techniques : Je transporte avec moi mon appétence aux arts et ma curiosité, ce qui m’amène à utiliser ce que j’aime et aussi ce qui est là présent dans ce moment avec moi.
    Aussi, le dessin, l’aquarelle, l’acrylique, la gouache, la peinture végétale, et même le collage, le mixed-média, les arts graphiques, la photo et la vidéo peuvent s’inviter parfois.
    J’aime entremêler toutes ces techniques, me laisser traverser et me mettre au service d’une empreinte graphique qui sert ce qui veut se raconter de mon moment, du lieu, de son histoire.
    Mes crayons sont parfois aussi des bâtons de bois, feuilles, cailloux, carte de téléphone ou crédit, mes doigts… tout ce qui peut me servir à déposer une trace graphique, écrire, dessiner, étaler, encrer, peindre…
    J’affectionne le travail de composition ; être dans le lieu, ou sinon regarder mes photos, et digérer, synthétiser mon exploration, en y mettant les éléments forts, clins d’oeil, détails cachés sur une planche.

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